Sur quoi allez vous donner votre avis aujourd’hui ?
Décidément, donner une note sur tout et n’importe quoi est un concept à la mode en ce moment. Après l’affaire Note2be.com, le site sur lequels les élèves peuvent noter leurs profs1, c’est maintenant aux entreprises de passer à la moulinette sur les sites NoteTonEntreprise.fr et CoteTaBoite.com, qui ont ouvert pratiquement en même temps (comme quoi, on est jamais seul à avoir une idée).
Certes, nous ne sommes pas encore au niveau de nos cousins d’outre-atlantique, qui ont des sites sur lesquels ils peuvent noter à peu près n’importe quoi, comme par exemple RateMyCop.com qui permet de noter … le policier auquel ils ont eu affaire !
Le concept est loin d’être nouveau. Je me souviens d’une bonne séance de crise de rire, quelques années en arrière, quand un ami m’a invité à vsiter le site RateMyMullet.com2. Mais vraisemblablement, le développement du web participatif, et la mode du user generated content, remettent ce genre de concept sur le devant de la scène.
Comme le fait fort justement remarquer Aziz Haddad sur son blog E-conomy : “ça balance pas mal” ! En effet, un petit tour sur les rares commentaires publiés pour le moment donne matière à s’interroger sur l’intérêt réel de tels sites. Ca relève plus du CracheTonVenin.com3 que d’autre chose. J’ai souri en voyant que le site vous propose de donner plus de crédibilité à vos avis en vous enregistrant (bref, en donnant votre email, comme si cela pouvait apporter la moindre crédibilité). Cela montre au moins qu’ils ont compris qu’il y avait un problème de crédibilité. Entre les avis émis par gens qui n’ont aucun élément de comparaison (premier emploi, stage…), ceux qui ont une dent contre leur ancienne boite, ou encore ceux qui n’ont pas été retenu en entretien de recrutement, difficile d’accorder une once de crédibilité aux propos qui sont tenus.
Et pourtant, ce genre de système continue de se développer. J’ai lu récemment un article qui indiquait que seulement 40% des sites marchands français proposaient à leurs clients de noter les produits, et donc qu’il y avait encore du chemin à faire pour être “web 2.0″. En fait, si ces dispositifs ont pu être innovants, et ont permis d’attirer l’attention des consommateurs a un moment, je m’interroge aujourd’hui sur leur pertinence. Amazon.com a d’ailleurs dû se poser les mêmes questions, puisqu’après avoir proposé à leurs clients de donner leur avis sur les produits, ils ont très rapidement proposé aux autres clients de noter ces mêmes avis. Quand on a un trafic de quelques millions de visiteurs, cela apporte effectivement une certaine crédibilité : les manipulations sont rendues beaucoup plus difficiles, et les statistiques parlent. La note d’un film sur Imdb.com ou d’un jeu sur jeuxvideo.com a effectivement une certaine valeur, parce qu’elle porte sur plusieurs centaines ou milliers d’avis. Mais tout le monde n’a pas le même trafic.
En dehors des mastodontes du web, la plupart des rubriques “avis” ou “notes” que je vois sur les sites marchands sont désepérement vides. Pas très vendeur. Et quand ils ne le sont pas, ce n’est pas les 2 ou 3 avis qui se battent en duel qui vont m’influencer en quoi que ce soit, tant les possibilités de manipulation sont multiples que ce soit de la part de ceux qui veulent vendre leurs produits ou de ceux qui cherchent à leur nuire. Dans ce cas, je crois que copier les grands n’est pas la bonne attitude à suivre.
Faire et défaire une e-réputation
Je vois deux façons possibles d’améliorer la crédibilité des avis et notes demandées aux utilisateurs. La première, comme on vient de le voir, c’est le volume. Quand on n’a pas le volume nécessaire, pourquoi ne pas s’appuyer sur des partenaires dont c’est le métier ? Par exemple, en intégrant dans les fiches produits des avis de consommateurs provenant d’un site dont c’est la spécialité, comme Ciao.fr. Une telle démarche d’ouverture démontrerait une grande confiance dans ses produits. Un peu à la manière de PriceMinister.com, qui n’hésite pas à ajouter dans ses fiches produits un comparateur de prix. Cela montre qu’ils ont une grande confiance dans leur prix.
La seconde manière de crédibiliser les contenus créés par les utilisateurs, et en particulier les notes et avis, serait de pouvoir consulter leur profil, leur e-reputation.
Il y a quelques semaines, j’ai mis en vente un article assez cher sur Ebay. Mais n’ayant aucune réputation sur ce site, les acheteurs posaient beaucoup de questions sans pour autant enchérir sur mon objet. Jusqu’à ce que ce l’un d’eux me demande de lui prouver qu’il pouvait me faire confiance. Il se trouve que j’interviens sur quelques forums, et que je suis également vendeur sur d’autres marketplaces, toujours sous le même pseudo. Je lui ai envoyé différents liens vers mes activités online, et quelques heures plus tard, nous avons fait affaire, alors qu’il ne connaissait ni mon nom, ni mon adresse.
Tout en conservant leur anonymat, on pourrait envisager de développer un aggrégateur des contributions des utilisateurs, une sorte de facebook alimenté par toutes les contributions publiques et identifiées des visiteurs. Pour les sites partenaires, cet aggrégateur pourrait être interrogé en webservice, et retourner une appréciation de la crédibilité de l’utilisateur en question.
Il est donc possible de donner confiance aux gens tout en restant anonyme.
Ce n’est pas du Big Brother pour autant, un choix existerait entre une action que je souhaite rendre publique sur mon profil, et une action que je souhaite garder privée.
En attendant qu’une telle application voit le jour, nous allons devoir continuer à aiguiser notre esprit critique, pour faire le tri dans tout ce que nous lisons sur internet. Cela fait également la part belle aux influenceurs : journalistes, bloggers, testeurs… qui acceptent de sortir de l’anonymat pour démontrer leur objectivité.
C’est peut être ça le web 3.0 après tout. Fini l’ouverture du web aux quatre vents, et retour aux manettes des influenceurs, parce qu’on va se rendre compte qu’on obtient une meilleure qualité d’information. Vous en pensez quoi ?
PS : Si vous n’avez pas le moral, le net permet un cycle complet de thérapie : vous commencez par démolir votre entreprise sur NoteTonEntreprise.fr, et quand vous êtes bien défoulé, vous allez vérifier que chez les autres, c’est pire, sur VieDeMerde.fr. En plus, vous pouvez même donner une note aux déboires de vos concitoyens
- Le site Note2be.com a été contraint par la justice de stopper son activité, et ne permet pour le moment que de noter les établissements. Une procédure en appel est en cours ↩
- Le “Mullet” est une coiffure qui fut mise à la mode par le footballeur Chris Waddle ↩
- A l’heure où j’écris ces lignes, ce nom de domaine est toujours disponible. Pour combien de temps encore ? ↩
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Cedric :: Apr.06.2008 :: Itinéraires :: No Comments »

