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Larousse, c’est la bonne ?

Le Larousse passe à l\'offensive face à Wikipedia
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(NDLR : Ce titre a été nominé au festival de titres bidons de mon quartier, dans la catégorie Blogs personnels)

Difficile de passer à côté de l’annonce du débarquement de Larousse, notre champion national, dans le domaine de l’encyclopédie collaborative. Nous avons d’ailleurs été nombreux à vouloir visiter le site aujourd’hui, puisque celui-ci est resté indisponible une grande partie de la journée.

Si, pendant longtemps, on a stigmatisé la prime au premier entrant, je crois que la capacité de diffusion du web laisse de la place à tous les nouveaux entrants, pour peu qu’ils apportent quelque chose de nouveau, de mieux, de plus pratique, de plus “dans l’air du temps”.

C’est d’autant plus vrai que Wikipedia, malgré sa notoriété et sa “force de frappe”, prête le flanc a de nombreuses critiques, directement liée à son modèle collaboratif. Il y a donc de la place pour faire mieux.

On ne peut dès lors que se féliciter de l’arrivée de Larousse pour affronter le géant Wiki, même si derrière l’ambition affichée, on sent bien que c’est la survie même d’une institution qui est en jeu.

Le nouveau Larousse.fr a-t-il la capacité à enrayer la baisse du chiffre d’affaires des fameux dictionnaires, ou bien n’est-ce qu’un baroud d’honneur ?

Un colosse aux pieds d’argile

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Wikipedia est devenu, en quelques années, un géant du web : 8ème site mondial en trafic d’après Alexa, plus de 100 millions de visiteurs uniques dans le monde, et une notoriété impressionnante. Et l’avantage, avec les sites ouverts, c’est que l’on a accès à l’ensemble des statistiques. Vous pouvez télécharger celles de Wikipedia sur ce site, ou bien les consulter sous une forme plus “user friendly” sur celui-ci.

On y apprend entre autre que les 1.000 premières pages de Wikipedia en français génèrent un trafic de 77 millions de pages vues, et qu’il y a 653.000 pages supplémentaires (je parle bien seulement de la version française). C’est donc bien une montagne à laquelle s’attaque Larousse, malgré toute la légitimité que l’on peut leur accorder sur le sujet.

Fort heureusement pour notre éditeur national, Wikipedia est loin d’être exempts de défauts, le premier d’entre eux étant la moindre qualité de certains articles, comme le reconnait Jimmy Wales, fondateur de l’encyclopédie collaborative. Des réserves sont d’ailleurs émises très clairement sur le site lui même à ce sujet.

On reproche à Wikipedia l’absence de “caution” permettant de garantir la qualité des articles, voir, ce qui est beaucoup plus grave à mon sens, l’objectivité des articles. Jimmy Wales, en parfait apôtre de la longue traîne de Chris Anderson, répond que la sagesse populaire aura raison, dans le temps, de ces “petits défauts de jeunesse”.

C’est dans cette brèche que les concurrents de Wikipedia peuvent s’engouffrer, et Larousse ne manque pas de le faire, comme nous l’explique Line Karoubi, directrice adjointe des dictionnaires et encyclopédies chez Larousse :

Nous ne sommes pas sur le même terrain : Wikipedia n’est pas un éditeur, mais un hébergeur. Nous, nous confrontons des points de vue d’experts. C’est mieux que d’avoir une succession de points de vue participatifs.

Larousse compte bien s’appuyer sur son point fort, à savoir la qualité et l’objectivité des articles, tout en intégrant certains des points forts de Wikipedia, dont justement les points de vue participatifs.

Le Larousse en ligne propose donc 150.000 articles “certifiés”, apparaissant en orange, et un nombre non précisé pour le moment de contributions, apparaissant en violet, les contributions pouvant, ou pas, être liées à un article certifié.

C’est un peu comme si Wikipedia disposait d’un très gros contributeur certifié, dont on distinguerait les articles ;-). Bien sûr, la présence de ce gros contributeur amènerait une économie différente, parce que ses articles doivent être rémunéré. Wikipedia ne peut pas le faire sans pervertir son modèle, alors Larousse va essayer de le faire.

“Un lion qui copie un lion devient un singe” 1

Si l’ambition de Larousse est noble, je crains néanmoins qu’ils aient voulu aller trop vite au résultat, sans démonter réellement les mécanismes qui ont fait le succès de Wikipedia. Cela aurait pourtant été utile, afin de reproduire ces mécanismes.

D’où vient le trafic de Wikipedia ? La réponse est extrêmement simple : des moteurs de recherche.

Sources de trafic de Wikipedia
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Ces chiffres datent un peu, mais la tendance de la courbe du trafic envoyé par Google est assez parlante. En 2006, déjà 69% du trafic de Wikipedia venait de recherche organique dans les moteurs.

Pourquoi les moteurs de recherche envoient-ils autant de trafic à Wikipedia ? Parce que Wikipedia contient quelques millions d’articles, avec des mises à jour quotidiennes pour quelques dizaines de milliers d’entre eux, et quelques milliers d’articles supplémentaires. Tout ce qu’aime les moteurs.

Et pourquoi une telle activité ? Parce que Wikipedia propose un modèle ouvert, et un concept fort “Imagine a world in which every single human being can freely share in the sum of all knowledge”.

Notez que dans cette très rapide description, je n’ai jamais, malheureusement, eu besoin de faire appel à la qualité des articles de Wikipedia comme facteur clé du succès. J’irais même plus loin en affirmant que la mauvaise qualité de certains articles, leur partialité, a fortement contribué à la notoriété de Wikipedia, en provoquant des débats ayant eu de forts retentissements sur le web.

Larousse, en souhaitant nous proposer des articles de qualité, intention fort louable au demeurant, saute directement au résultat, sans passer par la case départ, et sans toucher 20.000 Francs !

La qualité d’un article n’est pas un critère de réussite d’une encyclopédie (je sais, ça fait peur ce que j’écris, j’en tremble moi-même en l’écrivant), tout simplement parce que la plupart des gens n’ont pas le recul nécessaire pour juger de cette qualité (ben oui, parce que s’ils savaient, ils ne chercheraient pas la définition dans le dictionnaire hé banane !).

Les querelles sur la qualité ou l’objectivité d’un article ne concernent que ceux qui savent (les happy fews). Les autres, ceux qui lisent, il faut aller les chercher avec du marketing.

Dans la durée, la qualité des articles est un élément important, qui permettra de faire la différence entre une bonne encyclopédie, et une encyclopédie qui tombera dans l’oubli. Mais avant d’en arriver là, il y a d’autres étapes à passer, que Larousse semble malheureusement avoir un peu brûlées :

- Avoir introduit du participatif est très bien, de même que proposer son contenu gratuitement sur le web, néanmoins, Larousse reste une entreprise commerciale. Le business model du nouveau site n’est pas encore clairement défini (on parle de visibilité des ouvrages Larousse, mais il est vraisemblable que la publicité débarquera prochainement) mais il est clairement commercial. Or, attirer des contributeurs pour un projet philantropique est une chose, séduire des bénévoles pour un projet commercial en est une autre. Knol, la future encyclopédie en ligne de Google, a bien saisi cette différence, en proposant dès la genèse de son projet, d’associer financièrement tous les experts qui participeront à améliorer la qualité de son contenu.

- Techniquement, le site Larousse actuel n’est absolument pas adapté au référencement, et c’est une erreur majeure : contenu délivré en flash, deep-linking impossible, navigation peu pratique (la touche back ramène systématiquement sur la page d’accueil!). De ce fait, même les bonnes volontés qui voudraient participer à la notoriété du nouveau site Larousse ne pourraient même pas le faire !

A ce niveau là, c’est assez aberrant, et même dramatique.

Au lieu d’avoir pris le temps d’analyser les forces de Wikipedia, pour tenter d’en tirer partie, Larousse part en retard, et avec d’énormes boulets aux chevilles que n’a pas Wikipedia. Dans ces conditions, le trafic de Larousse va rester anecdotique et, malgré la qualité des articles, verra un jour son actionnaire lui couper les vivre, lassé de comparer son trafic à celui de Wikipedia.

Je souhaite malgré tout bonne chance aux équipes de Larousse, et surtout bon courage, parce que la route est encore longue. Un conseil tout de même : changez de consultant ;-)

  1. Victor Hugo

One Response to “Larousse, c’est la bonne ?”

  1. on 15 May 2008 at 8:22 amSfogliaWeb

    Larousse apre al wiki…

    Interessante svolta dell’ editore francese che sposa la causa del wiki e apre ai collaboratori del web l’aggiornamento della versione on line della propria enciclopedia. E’ stato annunciato da VisionPost e la notizia non è passata inosservat…

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