The Lord of the Pings
J’ai passé ma soirée d’hier à lire cet article : Google, un mystère fascinant et bien gardé.
Oui, la soirée entière.
Mais j’ai tout regardé, y compris le reportage que j’avais raté lors de sa diffusion en décembre dernier. Et j’ai même lu le rapport de Sergey et Larry pour Stanford : The Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine.
Puis j’ai continué à surfer sur ce sujet. Jusque très très tard dans la nuit.
Et ça m’a inspiré ceci.
Note importante 1
STARRING
J’aime Google.
Truly.
Madly.
Deeply.
Certes, Google présente un bilan impressionnant. 11 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2007, pour une société qui n’a pas 10 ans, ça impressionne. Un résultat net supérieur au C.A. d’il y a 3 ans, ça en dit long sur la croissance, surtout quand on parle en milliards de dollars.
Mais ce n’est pas cela qui me plait chez Google.
Google a un modèle extrêmement simple. L’essentiel de Google tient dans un champ d’un formulaire de recherche. Tellement simple qu’il en est universel.
Il n’y a pas un individu sur cette planète qui peut dire qu’il n’aurait aucun usage de Google. Certes, certains s’en passent. Mais s’ils le voulaient, ou s’ils le pouvaient, ils trouveraient quelque chose à chercher dans Google.
“Within the last seven days, Google has altered and augmented my perceptions of tulips, mind control, Japanese platform shoes, violent African dictatorships, 3-D high-definition wallpaper, spicy chicken dishes, tiled hot tubs, biological image-processing schemes, chihuahua hygiene, and many more critical topics. Clearly, thanks to Google, I am not the man I was seven days ago.”
- John Gaeta, visual effects supervisor, the Matrix trilogy 2
Empowering people. Voilà ce que pourrait être leur devise. Google donne du pouvoir au peuple. Elle permet à chaque individu de savoir tout sur tout ou presque. Elle permet à n’importe qui d’être chercheur le matin, journaliste à midi, politicien l’après-midi et cinéaste le soir.
“Writers of the past had absinthe, whiskey, or heroin. I have Google. I go there intending to stay five minutes and next thing I know, seven hours have passed, I’ve written 43 words, and all I have to show for it is that I know the titles of every episode of The Nanny and the Professor.”
- Michael Chabon, author, The Amazing Adventures of Kavalier & Clay
Et il n’y a pas non plus une entreprise au monde qui n’aurait aucun usage de Google. Même mon boucher (rappelez-vous, le roi de l’up-selling) a ajouté son échoppe sur Google Maps.
Les analystes ont tous été surpris par les excellents résultats de Google au 1er trimestre 2008 (un C.A pratiquement égal à celui de l’année 2006 complète), parce qu’ils craignaient que Google ne soit touché par la récession américaine.
Et souvent, en période de récession, les budgets publicitaires sont les premiers sabrés.
Mais Google ne vend pas de publicité. Google vend du résultat.
La publicité permet de susciter un désir. Google répond à un désir. Un désir qui a pu être suscité par la publicité, autant que par le bouche à oreille ou la lecture d’un blog. Et autant, on peut se permettre de stopper la publicité en période creuse, autant arrêter ses campagnes adwords revient à se tirer une balle dans le pied.
Bien sûr, il y a des millions d’entreprises qui s’en sortent très bien sans faire de adwords. Mais elles s’en sortiraient encore mieux si elles apprenaient à utiliser cet outil (oui, on peut aussi perdre si on le manie mal).
Roughly 15 percent of ads displayed adjacent to Google searches [...] result in clickthroughs - more than 10 times the click rate of the average banner ad. These clickthroughs are the golden leads of online commerce. One Dow Chemical business group reported 25 percent of its traffic comes through Google. Designer Hospital Gowns, a health care industry Web site, boosted sales 20 percent in six months.
Mais ce n’est pas encore ça qui me séduit le plus chez Google.
Ce qui me plait le plus chez Google, c’est la philosophie des fondateurs, qui continue de se répandre dans chacune de leurs actions, dans chacun de leurs investissements.
L’homme est au centre de tout.
En cela, Google a inventé l’entreprise du XXIe siècle.
L’entreprise du XXe siècle avait pour vocation de générer des profits. Mais elle est mise à mal par la concurrence mondiale, avec des coûts de production inférieurs, la démotivation des salariés, qui veulent travailler moins et gagner plus, et la grogne des clients, qui veulent payer moins cher et que la production soit propre.
Google pense dans l’intérêt des hommes. La satisfaction des clients avant tout.
Give Users What They Want When They Want It
Beaucoup d’entreprises auraient pu devenir Google. IBM, Microsoft, Yahoo, AOL… Elles avaient les moyens nécessaires, elles avaient la notoriété, elles avaient les hommes. Mais elles pensaient au profit avant tout. Il y a celles qui n’ont pas perçus de revenus suffisants dans la facturation de clics à 0,10€, il y a celles qui ont voulu gagner plus et plus vite, et ont transformés leur page d’accueil en sapin de noël et rempli les boites aux lettres de leurs abonnés, sans se soucier de la dégradation de service pour leurs clients.
Et ce sont finalement deux jeunes étudiants de Stanford qui ont damé le pion a tout ce joli monde, en pensant avant tout à la satisfaction du client, quel que soit l’impact pour leur revenus. Extrait de leur rapport d’études à Stanford :
In general, it could be argued from the consumer point of view that the better the search engine is, the fewer advertisements will be needed for the consumer to find what they want. This of course erodes the advertising supported business model of the existing search engines. However, there will always be money from advertisers who want a customer to switch products, or have something that is genuinely new. But we believe the issue of advertising causes enough mixed incentives that it is crucial to have a competitive search engine that is transparent and in the academic realm.
Et 10 après, leur page d’acceuil se résume toujours à ceci :
Pourtant, dieu sait que certains verseraient probablement des sommes faramineuses pour s’afficher sur cette page. Mais ce n’est pas dans l’intérêt du client. Alors Google continue de facturer des clics à quelques dizaines de centimes d’euros.
Cette orientation permanente vers le client se traduit jusque dans leur logo. Alors que la grande majorité des entreprises de cette taille sont fières de leur image, et impose des règles extrêmement strictes d’usage de leur logo (pas comme ça, pas ici, plus grand…), Google adapte son logo en permanence, en fonction de ses utilisateurs, et de leur actualités comme :

Google rend hommage à Pavarotti

Google fête la réunification de l’Allemagne
Quand le monde entier crie au fou devant les presque deux milliards de dollars versés pour l’achat de Youtube, une société sans revenus avec un burn rate hallucinant, Google ne bronche pas, ils sont dans leur business model. Les utilisateurs veulent de la vidéo, ils auront de la vidéo. Satisfaction du client avant tout.
Et Google applique ce principe sans relâche aux dizaines, aux centaines de services qu’ils ont lancés, achetés ou améliorés depuis leur création.
Au point que cela leur permet même d’acheter une entreprise qui propose un produit payant, et de le rendre gratuit, comme ce fut le cas avec l’acquisition d’Urchin en mars 2005, qui a servi de base à Google Analytics. Et le succès suit, puis les profits.
Cette créativité est également le fruit de cette philosophie qui place les valeurs humaines avant les profits. Les quelques 16.000 Googlers qui travaillent aujourd’hui pour la firme de Mountain View sont placés dans un environnement qui leur permet de laisser s’exprimer leur créativité. Google a été élue, pour la seconde année consécutive, entreprise dans laquelle il est le plus agréable de travailler. Ils bénéficient d’avantages importants, comme les repas offerts, ils ne sont pas oubliés dans la croissance, puisque 99% d’entre eux bénéficient de stock options. Mais surtout, ils disposent de 20% de leur temps comme bon leur semble. 20%, une journée par semaine, pendant laquelle ils peuvent se consacrer à n’importe quel projet qui leur fait plaisir, même s’il est à 1.000 lieues des activités de Google.
Phénoménal.
Et si Google a inventé l’entreprise du XXIe siècle, c’est parce qu’elle a démontrée qu’en remettant l’homme au centre de sa stratégie, les profits suivaient, même à très grande échelle.
Aujourd’hui, on se demande bien où s’arrêtera Google. Les nouveaux services continuent d’arriver à un rythme effréné, au moins un tous les 15 jours. Et comme l’explique Michael Malone dans l’excellent reportage de France 5, aujourd’hui quand Google lance un nouveau service, ce sont 20, 40, 50 millions d’utilisateurs dans le monde qui l’adopte immédiatement (le matin même du lancement !).
Une des choses les plus frustrantes sur internet, c’est la barrière de la langue. Des trésors sont disponibles dans chaque langue, mais restent accessibles uniquement à ceux qui les parlent. Les utilisateurs sont frustrés, insatisfaits, alors Google travaille à changer cela. Leur système de traduction automatique est un investissement majeur, et il est depuis quelques jours, capable de traduire pas moins de 530 combinaisons de langues ! Cela reste de la traduction automatique. Mais ils travaillent durs à rendre le web de plus en plus universel.
D’un point de vue business, ce doit être absolument extraordinaire de n’être limité que par l’imagination.
Mais en même temps, d’un point de vue éthique, cela fait un peu peur.
Jamais dans l’histoire du monde une société unique, une communauté, n’avait concentré autant de pouvoir.
Microsoft, par exemple, est une société extrêmement puissante, parce qu’elle a beaucoup d’argent. Mais elle n’a que ce pouvoir là , parce qu’elle est une entreprise du XXe siècle, orientée vers le profit. Elle innove dans le but de vendre plus de produits, ou de les vendre plus chers mais elle n’a pas dans ses gênes la vision globale du monde qu’à Google, ni la culture de l’homme avant tout.
Et le pouvoir du cash ne pèse plus grand chose face au pouvoir de Google, celui de la connaissance. Google sait tout sur tout, y compris sur les hommes : ce qu’ils cherchent, ce qu’ils cliquent, ce qu’ils regardent, ce qu’ils échangent… Et cela à l’échelle mondiale.
L’énorme différence entre un Google et un Microsoft, s’adressant à des millions de clients, est que Microsoft travaillait à l’origine dans un environnement où chaque ordinateur était un système quasi-indépendant. Et il leur a fallu beaucoup de temps pour comprendre l’intérêt de l’interconnexion et savoir comment ils pourraient en tirer partie. Google a cette vision globale, concentrée sur ses systèmes. Chaque jour, ce sont des millions de clients qui entrent dans l’univers de Google, et qui viennent l’alimenter en information, volontairement.
J’utilise beaucoup de produits Google, au point que j’en suis venu à m’inquiéter de tout ce qui transite par Google. Alors pour ce blog, j’ai voulu faire une cure de Google-priv, et je n’ai pas opté pour la plateforme Blogger. Au contraire, je me suis monté mon petit serveur Ubuntu, avec un Wordpress. Mais finalement, c’était bien vain, puisque Google gère mon flux RSS via Feedburner, mes statistiques via Google Analytics…
Google est partout. Peut être pas encore tout à fait, mais en position de l’être, c’est certain.
Mais que se passera-t-il à la fin de l’histoire ?
Que se passera-t-il quand les gardiens des valeurs de Google rendront la main, car cela arrivera un jour ? Bien sûr, il reste encore quelques années de croissance sereine à Google avant que cette question se pose de manière cruciale. Des années pendant lesquelles Google va continuer d’accroître son pouvoir.
Comme Frodo, Sam et Gandalf, le triumvirat des dirigeants de Google est parfaitement conscient du pouvoir, de la responsabilité qu’il a entre les mains. Sinon, pourquoi avoir choisi pour slogan : “Don’t be evil” ?
Sergey, Larry et Eric ne peuvent plus vendre Google. Ce serait prendre le risque que le pouvoir qu’ils ont créé tombe entre de mauvaises mains. Ce serait contraire à toute l’histoire qu’ils ont écrit jusque là .
Détruire ce pouvoir, démanteler Google plongerait le monde entier dans l’embarras, et ouvrirait la voie à des concurrents probablement moins scrupuleux.
Non la seule solution, conforme à l’histoire et aux valeurs de Google, sera de l’offrir au monde entier. A la manière d’un Wikipedia. Une fondation mondiale devra présider aux destinées de Google, déterminant les nouveaux produits, et la répartition des bénéfices vers d’autres projets humanitaires.
J’ai rêvé que le pouvoir du peuple revenait au peuple…
Et c’est là que le téléphone a sonné.
Je me suis reveillé, le nez sur mon clavier.
Joli rêve tout de même.
- Cet article et les éléments visuels qu'il contient ont pour unique objectif d'illustrer un rêve que je souhaite faire partager aux visiteurs de ce blog. Il ne cherche nullement à offenser ou à porter un quelconque préjudice à quiconque. Si toutefois quelqu'un se trouvait dérangé par cet article, qu'il m'en excuse, et qu'il me le fasse savoir à l'adresse faut-il@courir-longtemps.com. Je retirerais immédiatement les éléments incriminés. ↩
- Cette citation et les suivantes sont extraites de l'article, ancien, mais toujours intéressant à lire : The Complete Guide to Googlemania ↩
Cedric :: May.11.2008 :: Destinations :: 1 Comment »









Ouha !!! Top l’article !! J’adore. Je le trackback dans mon prochaine post. Les fans de Google vont adorer.