Les différents visages du ecommerce
Ces derniers jours, de nombreux blogs ont relayés l’apparition du site “
Amazon Window Shop“. Mais je trouve relativement étonnant que la principale caractéristique qui ait été relevée concernant ce site soit la
navigation au clavier. C’est à mon avis anecdotique (même si parfaitement adapté à la situation), et pas vraiment nouveau, plusieurs exemples de
navigation au clavier existant déjà .
Personnellement, j’ai surtout beaucoup apprécié l’aspect immersif de cette interface : Je ne suis pas obligé de m’abîmer les yeux à essayer de déchiffrer une vignette produit, et je ne reçois pas de multiples sollicitations visuelles ou sonores pendant que j’essaye de faire mon choix. Je suis réellement immergé dans l’univers du produit qui a attiré mon attention.
Certes, ce n’est pas vraiment nouveau non plus…
J’avais déjà beaucoup apprécié ce principe d’immersion, par exemple dans un site de vêtements féminins : Red Issue (lui aussi avec une navigation au clavier d’ailleurs, et une autre option plus originale). Et à chaque fois, je dois dire que cela me séduit.
Évidemment, il n’est pas question de transformer le site d’Amazon avec cette nouvelle interface. C’est une solution de navigation alternative, un complément à la navigation principale, et qui répond réellement à un besoin.
Cela m’arrive très souvent d’aller sur Amazon, ou ailleurs, en cherchant un produit précis. Dans ce cas là , l’interface d’Amazon est très efficace, et j’ajoute rapidement mon produit à mon panier. Et ensuite, régulièrement, je flâne. Je consulte les tops ventes, les homes catégorie, je suis quelques liens histoire de voir si je ne trouve pas un autre produit dont je n’aurais pas entendu parler et qui pourrait me plaire.
Et je dois avouer que si j’avais la possibilité de basculer sur une interface de type Window Shop au moment où je change “d’humeur de consommation”, je suis certain que cela impacterait mon panier moyen.
Voilà une excellente application du marketing comportemental : Plutôt que d’essayer de me proposer automatiquement des produits “correspondants à mes goûts”, me proposer des interfaces s’adaptant, à ma demande, à la façon dont je souhaite consommer.
Je me suis toujours demandé pourquoi un site web, et en particulier un site de ecommerce, était toujours conçu de manière extrêmement hiérarchisée, une home page, puis une home catégorie, puis une fiche produit, alors même que la navigation des internautes est tout sauf hiérarchisée. Et pire encore, pourquoi ne concevoir systématiquement qu’une seule navigation, alors que les besoins du clients sont changeants ?
En quête du Graal du e-commerce…
J’ai récemment rencontré un prestataire en “user design experience” qui m’expliquait comment, à partir de focus group, de sondages et autres outils, ils arrivaient à concevoir le site ultime pour leur client. Au départ, j’ai été séduit par leur approche, je l’avoue. Mais je me suis finalement posé cette question : “le site ultime existe-t-il ?“.
Dire qu’il existe, c’est dire que finalement, les consommateurs veulent tous la même chose, autant dans le fond que dans la forme. C’est dire que les consommateurs ne réagissent qu’à des réflexes pavloviens, sans tenir compte du contexte, de leur humeur, ou du temps qu’il fait. C’est également renier tout ce qui fait l’identité d’une marque, les valeurs qu’elle veut défendre.
Ca n’existe pas !
Ou plutôt si : le site ultime est un caméléon, capable de proposer différentes navigations, différentes informations sur les produits, en laissant le consommateur choisir à sa guise. Le site ultime est multiple. Ce sont plusieurs sites, tous différents, s’articulant autour d’un moteur de e-commerce.
Et c’est ce que j’apprécie particulièrement dans le modèle d’Amazon : ils proposent une architecture suffisament ouverte (et un modèle économique adapté) pour que des tiers puissent concevoir et réaliser des interfaces différentes, d’autres moyens de consommer, comme c’est le cas de Zoomii.com, conçu par un développeur canadien sans aucun lien avec Amazon (si ce n’est de s’être interfacé sur leur moteur de e-commerce, et d’en tirer des commissions), ou encore de Browse Goods.
Ce modèle permet à Amazon d’avoir une sorte de gigantesque service de R&D externalisé, dans lequel tout le monde gagne. Une bonne façon de faire progresser le e-commerce.
Tags: ecommerce, expérience client, fiche produit, navigationCedric :: Nov.11.2008 :: Destinations :: 2 Comments »














Merci pour cette analyse, qui est très juste.
Pour compléter cette argumentation, je dirais que nous n’en sommes encore qu’à la préhistoire de l’ergonomie web, le e-commerce étant spécifiquement exigeant dans ce domaine.
Concevoir une bonne interface, en fait, ne peut être uniquement une réponse d’ergonome. Elle est forcément un compromis entre :
- le marketing
- l’ergonomie
- le design
- la cible client
- sans doute d’autres critères encore…
Et effectivement, je trouve vraiment que la R&D externalisée d’Amazon correspond à une bonne réponse. Toutefois, il ne faut jamais aller trop vite en la matière, car les utilisateurs, eux aussi, ont besoin de s’adapter. Windowshop ou Browsegoods sont des propositions magnifiques, malheureusement elles sont condamnées à demeurer encore pour longtemps des “expériences extrêmes”. Mais pour des amateurs comme moi, il ne faut pas bouder son plaisir…
Salut Capitaine,
Merci de ta visite et de ton commentaire.
Je partage tout à fait ton opinion sur le fait que nous n’en soyons qu’au tout début des possibilités sur l’ergonomie de ecommerce.
Concernant le temps d’adaptation, en revanche, je m’interroge quand je vois la rapidité à laquelle certaines applications se diffusent…
Certes, il faut que le public comprenne à quoi sert une application. Pour reprendre l’exemple d’Alaxis cité dans mon article précédent sur le ciblage comportemental, ils ont vraisemblablement eu raison trop tôt. Ils auraient lancé la même chose avec les mêmes moyens 4 ou 5 ans plus tard, le résultat aurait probablement été différent.
Mais d’un autre côté, j’ai le sentiment que l’inertie se situe autant (sinon plus) du côté des marchands que du coté des clients. Les expérimentations sur de nouveaux modes de navigation ou d’organisation des catalogues sont globalement assez rares, et plutôt le fait des marques ou de petits ecommerces que d’acteurs importants.
Et quand on parle de mise à jour d’un site, c’est pratiquement toujours pour dire qu’une nouvelle version va remplacer l’ancienne. Or le web permet de faire fonctionner plusieurs interfaces différentes pour remplir la même fonction, et très peu d’acteurs tirent partie de ces possibilités.
Par exemple, on est habitué à choisir notre langue à l’entrée sur un site. Pourquoi n’irions nous pas jusqu’à demander le sexe, l’âge (et même l’humeur
) et adapter la navigation (en manuel hein, je ne parle pas d’utiliser EDVIGE pour faire ça
)?