E-commerce : et si on se payait Amazon ?

Il y a 10 ans, à la même époque, j’étais en plein lancement de mon premier site e-commerce. Amazon n’était pas encore ouvert en France, mais faisait déjà partie des concurrents que l’on surveillait puisque leur ouverture était annoncée pour la fin de l’année. Depuis lors, j’ai passé des milliers d’heures à étudier leur offre, leur fonctionnement, leurs méthodes pour essayer de faire mieux.

Pendant longtemps, j’ai cru que nous pourrions faire mieux. Sans vouloir paraitre prétentieux, je pense qu’il y a plusieurs points majeurs sur lesquels nous étions au moins au niveau, si ce n’est meilleurs qu’Amazon : services au client, relation client, e-merchandising, fidélisation… J’étais essentiellement inquiet de leur puissance d’achat, mais en étant petit et malin, on arrivait à contourner l’obstacle.

Un point me rassurait pour notre avenir : les marges étaient tellement faibles sur les produits culturels que je n’imaginais pas qu’on puisse vivre de ce business, même en s’appelant Amazon. Nous avions les produits d’occasion, et quelques autres très bonnes idées, pour faire la différence avec Amazon.

Mon erreur : je n’avais tout simplement pas compris le métier d’Amazon.

Mai 2000. Je suis reçu à la tour IBM à La Défense. Un certain Pierre Chappaz, rencontré lors d’une conférence à Toulouse, m’a mis en contact avec les équipes chargées du soutien aux start-ups innovantes. Nous avons bien avancé sur le développement du site, mais mon problème à court terme est de trouver une solution satisfaisante pour l’héberger. Nous prévoyons un gros trafic et beaucoup de contenu multimédia, il nous faut donc quelque chose de costaud. IBM se propose d’être notre partenaire. Il nous ont mis en contact avec un datacenter dans le sud de la France, et nous proposent les machines avec un discount de 50%.

C’est la première dépense de ma société. Avec les postes de travail des salariés, plus la demie douzaine de serveurs, routeurs, load-balancers etc… la facture s’élève à 50.000 euros, financés en crédit-bail sur 5 ans. Je me souviens que vers la fin des paiements, je me faisais la remarque que chaque mois, je pourrais me payer un serveur neuf avec le montant du chèque de remboursement mensuel. Au lieu de cela, je continue à travailler avec mes vieux serveurs.

En outre, il faut également payer la bande-passante, et l’administration des machines. Mon site de e-commerce n’est pas encore ouvert, pas le moindre euro de chiffre d’affaires à l’horizon, mais déjà je dépense plus 2.500 Euros par mois. Et je viens de perdre pratiquement deux mois en négociations et rencontres avec les différents intervenants (IBM et banquier à Paris, Datacenter à Montpellier, moi à Toulouse…)

Mai 2010. Je suis dans mon jardin à Toulouse, à l’ombre parce que le soleil sort enfin ses rayons. Je viens d’avoir une idée pour mon futur site de e-commerce. Je me connecte sur mon compte Amazon AWS, et demande l’installation d’une instance dédiée avec 2GB de RAM sous Fedora pour mon serveur de base de données, et d’une autre instance pour mon front-office. Une poignée de secondes plus tard, les machines virtuelles sont mises à ma disposition dans le datacenter d’Amazon en Irlande. Je déploie Magento et commence à ajouter des produits dans la base. Finalement, Magento ne me convient pas. Je termine mes instances, je ne paierai que quelques cents pour l’heure d’utilisation, et j’en créé de nouvelles sur lesquelles j’installe Prestashop. Cette fois, cela me convient. Je checke le pricing pour être sûr : chaque machine me coûtera environ 60$ par mois.

Question flexibilité, difficile de faire mieux. Et le niveau de performance de cette solution est également incroyable. J’ai fait les tests : par rapport à mon hébergeur habituel en serveur dédié, mes temps de chargement de pages ont été largement améliorés. Quand à la fiabilité, Amazon AWS vient d’annoncer, pour son service de stockage Amazon S3, un indice de fiabilité de 99,999999999% (En gros, ils annoncent que si vous stockez 10.000 fichiers sur S3, vous risquez d’en perdre 1 au cours des 10 prochains millions d’années ;) ). Quand au coût… Déjà en 2007, Don MacAskill de Smugmug.com nous expliquait qu’il avait économisé 1 million de dollars par an en utilisant S3 par rapport à une solution propre.

Et il est possible que les tarifs s’améliorent encore grâce à l’arrivée prochaine de la concurrence de Google sur ce créneau, service qui toutefois n’incluera pas les services dédiés au e-commerce proposés par Amazon.

Car bien sûr, quand j’ai fini de monter mon infrastructure, je n’ai quand demander à mon fournisseur de livrer tous mes produits chez Amazon, et à utiliser mon compte Amazon Fulfilment Web Service pour lancer les livraisons chez mes clients. Le tout pour un tarif moins élevé que le simple prix de l’expédition payé à La Poste, alors qu’il inclue toute la manutention de la commande !

Vous pensiez qu’Amazon était un retailer ? C’est une erreur. Amazon est un fournisseur de trafic (Marketplace), d’infrastructure (AWS) et de services logistiques (FWS) pour les e-commerçants. Le tout avec une simplicité désarmante et des tarifs réalistes par rapport au marché.

C’est une formidable plateforme de e-commerce à votre entière disposition. Il ne vous reste plus qu’à avoir les bonnes idées ;) .

One Comment

  • Je suis toujours ravi de voir un article sur Amazon S3.

    Amazon S3 vient d’annoncer une option de stockage “moins fiable” (99,99% au lieu de 99,999999999%) mais avec une baisse du coût de 33%. Cette option se nomme RRS pour Reduced Redundancy Storage. Elle est destinée au stockage de données non-critiques et reproductibles.

    Pour démarrer avec Amazon S3, vous pouvez essayer ce client : http://www.dragondisk.com

    En cas de difficulté, envoyez moi un email via le formulaire ‘contact’ du site.

    Tony

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