Wikileaks… Et qui sera le prochain condamné à mort ?

Mine de rien, l’affaire #Wikileaks est en train de faire apparaître au grand jour une tendance extrêmement inquiétante du web actuel : le pouvoir de vie ou de mort (pas du tout virtuel) donné à des sociétés privées sur d’autres organisations.

Il n’est pas question pour moi de disserter sur l’intérêt ou non de l’action de Wikileaks. Je n’ai ni les compétences juridiques, ni les compétences politiques pour le faire. Je suis un simple citoyen qui, en l’absence d’éléments permettant une réflexion plus en profondeur, se contente de penser pour le moment que si on cherche à me cacher des choses, c’est vraisemblablement qu’on aurait mieux fait de s’abstenir de les faire ou de les dire.

Re: Wikileaks- In a free society, we are supposed to know the truth. In a society where truth becomes treason, we are in big trouble.
@RepRonPaul
Ron Paul

Ou pour reprendre le bon sens demandé dans la charte des Social Media pour l’US Air Force : “If you wouldn’t say it in front of your mother, you probably shouldn’t say it”. Pas mal comme conseil donné à des militaires, je trouve. Nos diplomates mériteraient de le suivre aussi ;) .

Mais sans porter aucun jugement sur le fond, la forme de ce qui se passe fait peur

A ma connaissance, aucun tribunal de par le monde ne s’est encore prononcé sur la légalité ou non de l’action de Wikileaks. Je peux me tromper sur ce point, aussi n’hésitez pas à me corriger si c’est le cas. Mais pour le moment, je n’ai rien vu. Et je crois que c’est bien le problème actuel de nos gouvernements que de n’avoir comme angle d’attaque contre Julian Assange qu’une morale douteuse.

Bref, à ce jour, Wikileaks est encore légal (au point qu’on vient chercher à extrader Assange sous le fallacieux prétexte… d’avoir eu des rapports sexuels avec des capotes de mauvaise qualité ?!? Tout ceci est un peu pitoyable).

Mais avant même qu’un jugement soit rendu, certaines entreprises privées, et pas des moindres, ont déjà choisi leur camp :

  • EveryDNS.net commence par supprimer les DNS Wikileaks
  • Amazon supprime l’hébergement du site
  • Paypal supprime le compte de donation de Wikileaks
  • Bientôt suivi par Visa/Mastercard et la banque Suisse de Wikileaks
  • Twitter est soupçonné de censurer Wikileaks de ses trending topics
  • … What else ?

Tout est fait pour que Wikileaks disparaisse des écrans radars. Au nom de quoi ? De conditions d’utilisation de services édictées par des sociétés privées ? D’une morale édictée par les patrons de ces sociétés ? Je veux bien croire que la fourniture de services à Wikileaks ait pu entraîner quelques perturbations pour les autres utilisateurs de certains de ces mêmes services. Mais il est facile d’isoler les services en question. Que je sache, OVH, seule société à avoir eu un comportement digne dans cette affaire, malgré les pressions de notre propre gouvernement, héberge toujours un service pour Wikileaks, et ça n’a pas fait tomber le reste de leur infrastructure.

Aujourd’hui, tous ces acteurs privés cèdent à des pressions gouvernementales pour refuser leurs prestations à un site “qualifié de criminel” (selon les propres termes de M. Besson, mais qualifié par qui ? Au nom de quoi ?). Ce faisant, elles sont simplement en train de s’octroyer un droit de vie ou de mort sur une activité au nom de leurs propres intérêts. Et sans que la justice n’ait à s’exprimer.

Et qui dit que demain, des pressions “commerciales” n’aboutiront pas de la même manière à rayer de la carte des organisations militantes trop “actives” ou des business “génants” ?

Il est urgent de rappeler à tous ces géants du web qu’ils vivent grâce à nous, ce qui ne leur donne nullement le droit de nous dire comment nous devons penser.

Cette situation démontre également l’intérêt que nous avons à soutenir l’émergence de start-ups qui permettront de renouveler le paysage du web avant que d’autres ne prennent la grosse tête…

Edit à 23h30 : Je suis content de voir que d’autres entrepreneurs, comme Daniel Broche, ont une opinion assez proche de la mienne. Même si je pense que Daniel commet une petite erreur d’appréciation dans son article. Ce ne sont pas les gouvernements qui censurent Wikileaks, mais bien des sociétés privées dans le but de protéger leurs intérêts commerciaux. C’est encore pire.

5 Comments

  • en effet jusqu’hier je pensais à tord que les sociétés commerciales censuraient wikileaks sous la pressions de gouvernements
    Les révélations de ce matin sur Visa et Mastercards montrent le contraire et c’est encore plus inquiétant !

  • Ceci dit rayer le nom de domaine wikileaks.org du DNS mondial c’est le gouvernement US qui l’a fait la semaine derniere…

  • Tu as tout à faire raison Daniel. Il est évident qu’il ne faut pas nier le rôle des gouvernements dans la pression exercée sur Wikileaks. Mais ce qui me met vraiment hors de moi, c’est qu’une simple “requête” d’un gouvernement, sans fondement juridique officiel, puisse conduire une société privée à prendre de telles décisions unilatérales.

    OVH au moins a réclamé l’avis de la justice avant de prendre une décision.

    Et il est plus qu’évident que la décision de Visa et de Mastercard est bien liée à des intérêts commerciaux : le gouvernement US défend leurs intérêts en Russie, alors ils aident le gouvernement à lutter contre Wikileaks.

    Mais que se passera-t-il si demain, Amazon menace Visa et Mastercard de ne plus utiliser leurs services s’ils continuent à travailler avec un de leurs concurrents ? Avec quelques pressions bien placées, on voit qu’il n’y a pas besoin de forcer beaucoup pour faire disparaitre une opposition quelconque. On peut même imaginer des pressions sur un NIC pour qu’il supprime un nom de domaine et hop. Bye bye le business concurrent.

    C’est vraiment très inquiétant je trouve le jeu auquel ils se livrent. Et je crois que tu as raison de ne pas faire d’achat de Noël sur Amazon cette année. Je vais faire pareil, malgré toute la qualité que je reconnais par ailleurs aux services d’Amazon.

  • tiens ben justement Paypal vient de confirmer que ces le gouvernement Us qui a fait pression pour suspendre le compte: http://www.bbc.co.uk/news/business-11945875?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

  • Intéressant le lien que tu donnes. Ce qu’on y lit, c’est que Paypal s’est effectivement appuyé sur un courrier du gouvernement pour décider de la suspension du compte de Wikileaks, mais que ce courrier… n’était pas adressé à Paypal, mais à Wikileaks !

    (Comment l’ont-ils eu ? Ce n’est pas précisé).

    US Assistant Secretary of State for Public Affairs Philip Crowley tweeted: “The US government did not write to PayPal requesting any action regarding #WikiLeaks. Not true.”

    C’est donc bien une décision unilatérale de Paypal, sans aucun argument juridique. Ils crient avec les loups pour se faire bien voir du gouvernement US. Il va falloir du temps avant que je me remette à utiliser mon compte Paypal…

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