L’Europe bientôt centre de gravité du web ?

Lorsque j’ai démarré ma carrière professionnelle sur internet, il y a fort fort longtemps, on était en pleine période de bulle. L’époque était marquée par un phénomène de ruée, non sans rappeler des périodes plus anciennes de l’histoire. Et le pompon après lequel nous courrions tous, c’était la fameuse “prime au premier entrant“.

Il y avait deux obstacles majeurs à passer pour pouvoir toucher la timbale :

  • un obstacle technologique : développer un site et une expérience utilisateur,
  • un obstacle marketing : faire connaitre son offre à une audience suffisamment large.

Aujourd’hui, tout a changé. La démocratisation de l’usage du web a gommé ces deux obstacles, et replacé l’innovation et la créativité comme les deux principaux critères de réussite. Au point que le schéma s’est inversé, et que l’on pourrait presque parler de “prime au dernier entrant“.

Les obstacles technologiques n’existent plus. La multitude d’offre de CMS, de plateformes e-commerce ou de ressources disponibles dans le cloud permet à n’importe quel projet de voir le jour en quelques semaines, et moyennant un investissement accessible simplement en love money. Hormis quelques projets impliquant une forte dimension technologique, comme la réalité augmentée, la technique n’est plus un avantage concurrentiel déterminant.

Surtout, ce qui a beaucoup changé ces dernières années, c’est l’évolution de la maturité du public par rapport au fonctionnement du web, et la structuration du trafic autour de grands carrefours que sont les médias sociaux. 10 ans en arrière, nous n’avions comme outils pour conquérir du trafic que le référencement (qui nécessite une connaissance technique) et le display (qui nécessite des capitaux).

Il fallait de la technique et des capitaux pour partir à la chasse au rhinocéros et espèrer ramener un trophée (Si vous vous demandez pourquoi je parle de rhinocéros ici, lisez l’article de Cyroul sur la stratégie digitale pour les noobs).

Aujourd’hui, les rhinocéros sont tous géotaggés, analysés en temps réel en photos, en paroles et en interactions. Rien dans leur comportement n’échappe aux analyses quanti et quali. Et comme ils sont tous connectés, il suffit de parvenir à attirer l’attention de quelques uns pour voir débarquer tout le troupeau.

Le lancement de Google+ est un bon exemple de ce nouveau phénomène. On parle déjà de 4,5 millions de comptes créés en une dizaine de jours sur la nouvelle plateforme sociale de Google, ce qui est phénoménal. Facebook a mis près de deux ans à atteindre ce chiffre, avec la croissance qu’on lui connait aujourd’hui.

Certes, c’est de Google dont il s’agit, et certains pensent que le seul fait de s’appeler Google justifie l’obtention de tels chiffres. Je ne suis pas d’accord. D’abord parce que la marque Google n’est pas synonyme de réussite inconditionnelle (voir Google Wave, Google Buzz et de nombreux autres produits arrêtés ou vivotant).

Ensuite parce que d’autres marques ont connus, grâce aux médias sociaux, le même type de croissance fulgurante : Quora, Groupon, Instagr.am etc. Tous ces services n’auraient pas pu être lancés il y a seulement 5 ans en arrière. La technique existait déjà. Mais les coûts marketing nécessaires pour leur permettre de trouver une audience suffisante auraient été faramineux, bien au-delà de ce qu’ils ont eu à investir pour atteindre leur marché.

Pour cela, c’est vraiment un monde nouveau qui s’ouvre devant nous. Le marché est là, les outils sont là. Il ne manque que les propositions créatives d’entrepreneurs motivés pour les exploiter.

On accuse Google d’avoir eu du retard à l’allumage en ce qui concerne les médias sociaux, mais ils démontrent, avec Google+, qu’une bonne proposition peut très vite toucher sa cible, et faire se déplacer les centres de gravité du web avec un investissement bien moindre que s’ils s’étaient lancés il y a 5 ans, en concurrence frontale de Facebook, ou en rachetant un acteur comme Twitter.

De même, l’Europe a toujours eu du retard sur les US en ce qui concerne le web. Avec leur culture “over-the-top”, les US ont permis l’émergence d’outils comme Google, Facebook, Twitter. Mais il n’est pas dit que les qualités intrinsèques des entrepreneurs européens ne leur permettent pas de reprendre la main maintenant que le paysage est installé, et surtout que les réflexes sont acquis par une grande partie de la population. Il y a désormais de vrais opportunités à saisir pour les derniers entrants, pour profiter de tout le travail qui a été réalisé par les grands acteurs du web, en concentrant son attention sur la qualité de la proposition.

Pour que ce soit le cas, le principal obstacle à lever est plus dans les mentalités des entrepreneurs et de leur environnement : il faut recommencer à oser, et arrêter avec les complexes par rapport au “made in USA”.

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